Zéro déchet à la mer comme dans l’espace
Observer le contenu de nos poubelles, c’est s’interroger sur la durée de vie de nos déchets, sur le tri et sur le recyclage. Mais comment fait-on quand on ne peut ni sortir la poubelle, ni la confier au camion-benne ? Embarquons à bord d’un bateau de course comme Initiatives-Cœur, puis à bord de la Station spatiale internationale (ISS) : deux milieux extrêmes où chaque déchet devient un problème… et une leçon.
Chez nous, jeter un emballage est un geste anodin : la poubelle est vidée chaque semaine et nos déchets disparaissent de notre vue. En mer et dans l’espace, rien de tout cela. Il n’y a ni ramassage, ni déchetterie, ni seconde chance. Tout ce que l’on produit, il faut le stocker, le trier et le gérer soi-même, parfois pendant des semaines. C’est ce qui rend ces deux environnements si intéressants pour comprendre le cycle de vie de nos déchets.
La gestion des déchets à bord d’un bateau de course
Une règle d’or : on garde presque tout à bord
Sur le Vendée Globe ou la Route du Rhum, les skippers comme Violette Dorange, à la barre d’Initiatives-Cœur, sont soumis à des règles très strictes, inspirées de la convention internationale MARPOL contre la pollution des mers et renforcées par le règlement de course. Le principe est simple : il est interdit de jeter ses déchets non biodégradables à la mer. Papiers et cartons, plastiques, verre, métaux… tout doit être conservé à bord du départ à l’arrivée.
La seule exception concerne les déchets organiques (restes de repas biodégradables et besoins naturels du marin), qui peuvent être rejetés à la mer car ils se dégradent naturellement. Tout le reste s’accumule dans le bateau pendant toute la durée de la course — parfois plus de deux mois pour un tour du monde.
Trier, compacter, stocker
Concrètement, le marin trie ses déchets au quotidien dans des sacs séparés, puis il les compacte pour gagner de la place, avant de les stocker dans les recoins du bateau. Sur un voilier de course où chaque kilo et chaque centimètre comptent, ce n’est pas anodin : certains skippers, comme Jean Le Cam, expliquent même se servir de leurs sacs de déchets pour équilibrer le poids du bateau et optimiser ses performances.
À l’arrivée, aux Sables-d’Olonne, les organisateurs peuvent inspecter les sacs rapportés : c’est la preuve que le skipper a respecté les océans qu’il a traversés. Un marin de course apprend ainsi à réduire ses déchets à la source, en choisissant des emballages légers et un ravitaillement optimisé avant même de larguer les amarres.
Découvrir l’explication de Samantha Davies pendnat une course sur Initiatives-Cœur
La gestion des déchets à bord de la Station spatiale internationale
Montons maintenant d’un cran dans l’extrême. À 400 km au-dessus de nos têtes, les astronautes de l’ISS vivent le même défi… en pire, car dans l’espace, rien ne tombe : en apesanteur, le moindre déchet flotte et peut devenir dangereux (s’infiltrer dans un appareil, être inhalé…).
Tout ranger pour que rien ne flotte
Comme sur un bateau, les astronautes trient et emballent soigneusement leurs déchets — emballages alimentaires, objets usagés, matériel scientifique, déchets d’hygiène — dans des sacs et conteneurs dédiés, qu’ils arriment solidement pour éviter qu’ils ne se baladent dans la station.
Une poubelle qui brûle dans le ciel
Impossible ici de « rapporter » ses déchets comme le fait un skipper. La Station est ravitaillée par des vaisseaux cargo automatiques. Une fois vidés de leur cargaison, ces vaisseaux sont remplis de déchets, puis largués : ils se désintègrent en rentrant dans l’atmosphère, en brûlant au-dessus d’une zone océanique isolée. La poubelle de l’espace part donc littéralement en fumée.
Recycler l’eau : le vrai tour de force
Là où l’ISS va beaucoup plus loin qu’un bateau, c’est le recyclage de l’eau. Transporter de l’eau depuis la Terre coûte extrêmement cher : les astronautes en récupèrent donc jusqu’à 98 %. La transpiration, l’humidité de l’air et même l’urine sont filtrées, distillées, désinfectées puis rendues potables. Résultat surprenant : cette eau recyclée ressort plus pure que celle de nos robinets. Chaque astronaute consomme environ 4 litres d’eau par jour ; sans ce recyclage en boucle fermée, la vie à bord serait tout simplement impossible.
Bateau de course et Station spatiale : deux milieux extrêmes, une même leçon
| Bateau de course (Initiatives-Cœur) | Station spatiale (ISS) | |
|---|---|---|
| Durée d’autonomie | Plusieurs semaines à 2-3 mois | Plusieurs mois (mision de 8 mois pour Sophie Adenot) |
| Déchets rejetés dehors | Uniquement les déchets alimentaires biodégradables | Aucun (tout est confiné) |
| Déchets conservés | Plastiques, verre, métaux, papiers/cartons | Tous les déchets solides |
| Élimination finale | Rapportés à terre et triés à l’arrivée | Brûlés dans l’atmosphère avec le cargo |
| Recyclage de l’eau | Dessalinisation de l’eau de mer | Recyclage à 98 % (urine, sueur, humidité) |
| Contrainte majeure | Le poids et la place à bord | La place et l’apesanteur : rien ne doit flotter |
Dans les deux cas, la leçon est identique : quand on ne peut compter que sur soi, le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. Marins et astronautes doivent anticiper, réduire les emballages, trier avec rigueur et donner une seconde vie à ce qui peut l’être. Leur quotidien est un formidable miroir de nos propres gestes : chez nous aussi, l’espace de stockage, l’eau et les ressources ne sont pas infinis — ils sont juste moins visibles.
1er Prolongement pédagogique
Observer le contenu de nos poubelles et le comparer à celui d’un skipper ou d’un astronaute permet aux élèves de comprendre concrètement la durée de vie des déchets, l’importance du tri sélectif et la préservation des ressources (eau, matières premières). Un bon point de départ pour parler d’écologie, de développement durable et de sciences.
👉 Fichier élève à télécharger : la gestion des déchets
Voir aussi le cahier d’activités complet pour les jeunes scientifiques sur les thèmes suivants : énergie, eau, déchets, sommeil et alimentation à terre, en mer et dans l’espace.
2ème prolongement pédagogique
A partir de la vie quotidienne des membres des missions de la goélette Tara, sortir de l’évidence de notre quotidien pour développer l’éco-responsabilité. L’occasion de mettre en œuvre des activités pédagogiques concrète.
👉 Télécharger le DOSSIER-PEDAGOGIQUE-DECHETS (cycle 4)



